Mercredi 16 octobre à 19h30 -Rapsodie-en-Août- à la Maison de Quartier Bottière

dernier volet de notre participation à "Itinéraire Nantes-Japon" :

Pour parfaire notre connaissance sur les rapports du cinéma à l'histoire récente du Japon




Rapsodie en Août 1991

Scénario, réalisation et montage d’Akira Kurosawa

avec Richard Gere…


1h38




Akira Kurosawa après « Rêve » revient sur un sujet qu’il avait déjà mis en œuvre dans « Vivre dans la peur ».

Commentaires après la séance


Nade
Du passage... (cette notion de "seuil" que tu évoquais Alain)... et de la médiation (dans ses 3 acceptions)... entre l horreur des évènements et le "sacré" de la vie... J ai perçu beaucoup de douceur et de poésie dans cette façon de traiter une question aussi lourde et grave !  
       
Elise
Un film émouvant... J'ai apprécié le lien entre la grand-mère et ses petits-enfants... Et comment ils s'approprient l'histoire de leur grand-père et s'en sentent responsables : la grand-mère raconte ses souvenirs et les deux plus grands expliquent aux deux autres, comme une passerelle pour le souvenir... Et je repense à la notion de "devoir de mémoire" : bien sur qu'il ne s'agit pas de "devoir" lorsque la grand-mère raconte : c'est un témoignage et une évidence pour elle : elle transmet... L'attitude des deux aînés, par contre, se rapproche de ce "devoir" : ils expliquent, quelque chose qu'ils n'ont pas vécu, aux deux plus jeunes... Pour qu'ils n'oublient pas et puissent un jour transmettre à leur tour...
J'ai aussi eu un gros coup de cœur pour la séquence de la commémoration : lorsque l'attention de l'enfant est attirée par une colonie de fourmis qui s'activent et prennent possession de la tige puis de la rose : une très belle image... Oui, tout à fait Nade, ce film est à lui seul un très beau poème... D'où son titre...

Alain
Effectivement j'aime bien cette tension du film entre gaité et gravité. J'ai dû mûrir depuis ma première vision où le film m'avait déconcerté. Sans doute parce qu'on sait que la Shoah, Hiroshima et Nagasaki sont les sujets les plus graves, le négatif de l'histoire humaine. La grand-mère a raison de s’insurger contre l’amnésie telle qu'elle l'exprime n'est pas naturelle mais voulue. Ce n'est pas qu'on ne fait pas attention à se rappeler c'est que volontairement on met de côté : ce n'est pas pareil. Le sacré c'est de prêter attention à ce qui existe et qui est vivant (la séquence des fourmis). l'oubli en soi n'est pas néfaste, c'est aussi un atout. Pour oublier il faut accueillir les expressions des fantômes encore vivants.  Le négationnisme l’amnésie contrainte ne sont pas l'oubli au contraire. Du coup ils s'expriment à notre insu. ba ba du chamanisme dont la psychanalyse selon moi fait partie.

Les différences entres les 4 enfants sont intéressantes. Il y a le jeu des garçons, puis celui du petit et des autres son espièglerie qui amène de la gaité. Le grand qui cherche la solution prenant la place de celui qui assure. La grande qui le chambre, et qui a un moment sert de conscience de leur groupe : quand les enfants après le passage par l'école du grand-père, visitent Nagasaki, devant l’église on entend sa voix en "off", qui commente, et exprime leur prise de conscience. Le seul message dit en "off" ( n'est pas dit le personnage à l'écran). Autorité morale pourrait-on dire. Je m'interroge sur les points de vue dans le film. Ce qui est montré dans chaque séquence,  l'est de quel point de vue ?

Le passage de la ville à la campagne est ma séquence préférée. La campagne est associée aux forces spirituelles, ce qui sauve. Les enfants se la réapproprient ainsi que leur grand-mère après  leur saut en ville. J'aime beaucoup ce retournement émouvant, quand il reviennent de la ville ; la grand-mère inquiète est toute joyeuse de les revoir et eux font des mines graves qui l'étonne. Dans ce passage d'un plan général où on les voit de loin dans les rizières au crépuscule dans ce damiers dans les verts les gris, les noirs, elle toute petite mais comme l'élément qui compte, comme déjà un aperçu de la séquence finale. Il y a comme une soudure cosmique du plus lointain au plus proche, des générations entre elles , des humains et de la nature. C'est une rencontre : Ils viennent à la rencontre es uns des autres par le détour du réel de la ville et de l'Histoire. Puis-je extrapoler et dire que nous nous rencontrons par le réel ? Celle qui a vécu le trauma est joyeuse, ceux qui en prennent conscience grave : et c'est là que le partage commence. La famille naturelle se recompose devient vivante et réelle. (Winnicott a cette définition de la santé : se sentir exister).

Ils vont dans cette séquence les uns vers les autres tandis qu'à la fin ils courent tous après elle, (après sa folie qu’ils savent peut-être salvatrice ? la métaphore est ouverte. )

M’intéresse que la vérité dans le film et chez les japonais ne s'oppose pas à la fiction, dans le film d'un côté les traces objectives de l'autre ce que les témoins ont fait de l’événement. ela définit l'art et le geste de Kurosawa. D'un côté il fait surgir des histoire de la vérité, de l'autre côté il met en histoire la vérité.




Commentaires avant le film


Abandonnant le combat épique de samouraïs, le film noir ou d'action, il n'est pas certain que Kurosawa se soit assagi sur ses trois derniers films (Rêves, Rapsodie en Août, Madadayo). Ce dernier, déjà est une réflexion sur la vieillesse qui n’est pas exempte d’autodérision.  Pour le premier, dans le rêve "les corbeaux", le peintre est pris dans la folie de ce qu’il voit, parce que ce qu’il voit le regarde à son tour - le personnage de Van Gogh en prise avec la création comme un vortex. Le soleil, la réciprocité du regard et réciprocité du rapport à la nature qui nous entoure et à laquelle l'artiste participe sous le mode de la machine ou de la bête humaine ? La sagesse s’obtenant au bout de la folie. A soutenir l’insoutenable, le regard tendre, qui soutient le réel, se déploie à proportion, qui n’a rien à voir avec la tiédeur du monde moderne ( tiédeur représentée dans "Rapsodie" par les parents. La folie de la grand-mère dans Rapsodie, elle parvient à la faire partager à ses petits-enfants;  le monde serait-il sauvé, n’est-ce pas le monde qui est fou ? Mais qu’est-ce que le monde si ce n’est une même folie à laquelle les personnages participent parce qu'ils sont de cette famille-là et à Nagasaki touché par l'événement dont l'allégorie est cet œil qui regarde, l’œil de l'éclair qui frappe que le frère de la grand-mère ne cessait de dessinait dans la claustrophobie de sa chambre ?  

Pour Kurosawa la luminosité se révèle à partir de sa partie la plus obscure. Le sens du tragique rejoint le grotesque, la tragédie rejoint la comédie et le rire joyeux joints les enfants à l'aieule qu'ils avaient au début de leur séjour chez elle ringardisée. La tendresse infinie rééquilibre la cruauté à proportion de sa puissance de cruauté, à proportion de l'insoutenable elle étend une caresse depuis le lien familial au bout de l'univers. Le lieu de culte comme flottant sur l'herbe est à l'image d'un radeau flottant dans l'univers paisible. L’humain doit-il être surmonté ? Ici il est plutôt exhaussé en beauté ;  "dans la boue une étoile est née", constante le peintre du film "Scandale" (1960). Une étoile dansante et gaie à la place de l’œil grave et terrible de l’événement. Alain Arnaud



 "L’œuvre de Kurosawa, composée de multiples facettes, se situe à l’intersection de différents courants de goûts. Ceux qui voient en lui un humaniste (André Bazin notamment) privilégient Vivre, et se retrouveront autour de Barberousse, Dersou Ouzala, Dodes’ Caden, tout en tenant pour divertissement mineur Yojimbo, La Forteresse cachée, Sanjuro. Ceux qui aiment les films de samouraïs et de sabre pourront trouver un peu solennelles les grandes fresques historiques comme Le Château de l’araignée, Kagemusha ou Ran. Il existe plusieurs entrées, plusieurs parcours, plusieurs communautés cinéphiles disparates à se reconnaître au sein de l’œuvre de Kurosawa, dont certaines peuvent fusionner et d’autres continuer de s’ignorer. Cette hétérogénéité fondamentale entre la part noble (le peintre et le visionnaire, l’art et le chaos, l’humaniste, les grands écrivains adaptés) et la part populaire, grand public, triviale, carnavalesque, voire grotesque (Mifune en demeure la plus belle expression), continue de rendre son œuvre vivante." Charles Tesson Le monde.


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