---Tom boy----


TOM BOY (1h22min)

Réalisé par Céline Sciamma 2011


Résumé : 
Laure a 10 ans. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres… suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret. 



 Nos commentaires


Alain :
Beaucoup d'émotions à revoir ce film. Tous les personnage sont craquants. C'est la situation de Laure fabulatrice-usurpatrice (à son corps défendant) qui me touche le plus. Je ne sais toujours pas si c'est légitime de l'avoir. Un film profond. Qui ne condamne rien ou presque. (sauf peut-être la mise à l'écart de Lisa du jeu de foot des garçons parce que c'est une fille ). Même le rituel de la révélation anatomique - très violent - ne condamne pas, celui qui le demande. Céline Sciamma a pris soin de l'épargner ainsi que tous les enfants. Il y a comme un goût pour le phénomène de bande qui m'a fait pensé à Genet, Pasolini, ou Burroughs du genre les garçons sauvages mais ici en culottes courtes.

Martine :
Ce film m'a donné en miroir, trop d'émotions, trop de personnages craquants, je fais le tri pour ne retenir que ce qui m' a le + touchée, je ne me détache pas du rôle des parents et de cette belle amitié entre Laure/Mickaël/Lizza. A plus
Touchée aussi par la délicatesse de la réalisatrice et de sa direction d'acteurs.. (assez rare), sans jugement, ni condamnation, avec beaucoup d'amour - sans guimauve inutile .
              
Elise :
Ce film est touchant, émouvant... Les enfants sont incroyables chacun dans leur personnage : la petite Jeanne... qui jubile lorsqu'elle se rend compte qu'elle peut mentir, inventer et que ça la rend complice de l'histoire de sa soeur... C'est un moment magique je trouve... Et cette jeune actrice, qui joue Laure/Michaël : elle est belle, elle vit son personnage à fond...
Bravo à Céline Sciamma pour sa façon de filmer les enfants, sa délicatesse, son absence de jugement... On les aime ces enfants...
Et quels échanges ensuite ! Ouah, c'était super... Merci Alain et merci à tous...

Alain :
J'ai bien aimé la gravité de la petite Jeanne. D'un côté cette gravité fait partie du personnage tel que l'a construit la réalisatrice. Elle est plus poussée peut-être que ce qu'elle est en vérité. C'est l'art cinématographique, sa capacité de caricature d'exagérer pour proposer des vérités. De l'autre sans doute Sciamma rend-elle justice à la gravité des enfants de cette façon. Elle la prend au sérieux. J'adore quand la mère rentre et qu'elle trouve Jeanne allongé dans le couloir, encore scotché par la mystification de sa sœur qu'elle vient d'apprendre. Comme en méditation profonde ou en dépression. Vis à vis de sa sœur, Jeanne c'est l'autre adulte, l'autre parent du film, avec la mère. Elle pose les bonnes questions. Il y a comme un échange protection entre elles au-delà même de leur complicité. En fait c'est comme si le rôle parental s'était diffracté entre tous les personnages de la famille mais aussi de la bande. Si tant est que le film est aussi une initiation à l'identité de genre. Un parcours initiatique de Laure qui n'est pas achevé et dont on voit une séquence. Moi je fais le pari que cette initiation n'est jamais achevée qu'elle se rejoue à chaque relation. Et que notre identité est toujours ouverte.
              
Elise :
Je repense à la réaction de la mère, lorsqu'elle découvre le mensonge de sa fille : pour moi, si elle l'a giflée c'est plus par surprise ou sur le coup de l'émotion... Cette femme comprend bien ce qui se passe, tout ce qui se joue en arrière plan (la preuve, elle n'interdit rien, laisse sa fille s'habiller comme elle veut, se coiffer comme elle veut...) Et elle sait, après coup, en parler posément avec elle : lui expliquer qu'elle ne peut pas rester dans son mensonge.
Par contre, je n'ai pas compris qu'elle lui fasse porter une robe : c'est violent je trouve et je n'arrive pas à associer son attitude à ce moment là, avec le fait qu'elle communique bien avec sa fille, que son regard est malgré tout bienveillant...
Mais oui, c'est marquant dans le film, cette famille aimante...
Et puis, lorsque Laure demande à son père de redéménager: comme je la comprends : j'aime moi aussi, ces moments où l'on arrive quelque part, dans un lieu ou un groupe et que l'on est nouveau... C'est un temps éphémère où l'on observe, on est neutre, sans histoire derrière nous (les autres nous voit pour ce que nous sommes sur l'instant présent) Pas besoin de mentir, juste être là sans son passé... Après quelque temps dans le groupe, déjà la première impression est loin... très loin : Souvent elle est remplacée par quelque chose d'aussi beau (partages d'histoires, d'émotions) mais c'est différent...

Alain :
Martine a eu la même interprétation sur la gifle pendant notre débat. Ce n'est pas parce que le geste est spontané qu'il lui échappe, il donne une profondeur au personnage. Souvent on prend l'affection ou la caresse pour de l'amour, ce qu'elles ne sont pas forcément. Cette gifle est un acte d'amour, aucun doute, le jeu de l’actrice l'indique son émotion est énorme. L'amour n'est pas (qu') un sentiment, c'est un acte, cette séquence du film l'illustre admirablement. Un acte d'amour se donne sans intention de le donner, il part d'on ne sait où. "Le vent souffle où il veut, tu en entends le bruit mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va". Cela ne se réfléchit pas. Elle n'agit par réaction mais comme dictée par une nécessité.

En revanche l'imposition de la robe est plus "forcée" et intentionnée, calculée : la mère va au bout de sa logique, on sent les rouages de son esprit qui disent : Laure s'est isolée, elle doit sortir de son jeu et jouer celui de la société. Effectivement contrairement à la gifle, la robe c'est violent. On sait que la mère agit pour le bien de sa fille dans sa logique à elle, de protection. Mais on voit bien la position de la réalisatrice : Laure accepte la gifle qui ne la violente pas mais va rejeter cette robe, la faire pendre à la branche d'un arbre dans la forêt. Dans les bois, elle sera reprise ; cette fois c'est le groupe des gamins qui prendra le relais de la mère pour enfoncer le clou du réel. On ressent la violence extrême de la situation pour Laure mais aussi tout l'amour que Lisa lui porte encore malgré la tromperie. Aussi bien que le respect du garçon chef de circonstance du groupe qui accepte que ce ne soit que Lisa qui voit ce qu'il en est de son sexe réel. Film exceptionnel.
              
Elise
Oui c'est vrai... J'avais oublié la réaction de Laure : je la trouve légitime... Comme si elle disait : Ok, je comprends mais je reste fidèle à mes ressentis...Et elle se retrouve face à Lisa en T shirt et pantalon...


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