Inside Llewyn Davis Jeudi 28 Novembre à 19h 50 Sortie au Katorza





Inside Llewyn Davis

Réalisé par Ethan Coen, Joel Coen 2013 (1h45min)

Genre Musical , Drame

Résumé :

Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu'un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu'il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l'aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n'importe quel petit boulot. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d'où il vient.

Critique : Sans doute le plus beau film qu'ils (Les frères Cohen) ont jamais réalisé. Jacques Mandelbaum Le Monde


Commentaires après la séance


Etienne
Merci pour cette bonne sélection et le débat qui a suivi.
Martine
Encore sous l'emprise du "no hope" pour les anticonformistes, les errants, les paumés. J'attends d'être un peu plus détendue pour rajouter 3 mots un peu plus optimlmstes, malgré cette atmosphère glauque à outrance.
Une réflexion rapide, sur l l'utilité du revenu minimum garanti, revenu vital, pour cette humanité décalée en apparence, mais pleine de talent frustré. Mais qui est vraiment décalé ? :

Elise
Il y a une foule de personnages, de situations, super bien trouvées, super bien joués, dans ce film...Mais... J'ai une tendresse particulière pour...Le chat...  Le compagnon de Llewyn : j'ai trouvé génial la manière dont ils sont filmés tous les deux, dans la voiture : à la place du passager, ils fixent tous les deux le chauffeur et tournent la tête en même temps...  Il y a une synchronisation étonnante...
Et puis j'ai beaucoup aimé aussi la scène dans le métro : le chat qui regarde défiler les stations... et son reflet dans la vitre...
Et puis, et puis... Il ressemblait étrangement à Gaston... Le chat de ma frangine bien sur... 
Merci pour cette découverte et pour les échanges qui ont suivi...

Martine :
Ah ce chat Elise.. on lui aurait presque donné son permis de conduire et le revenu minimum de base pour lui garantir ses croquettes à vie En tout cas, c'est le fil d'Ariane de l'histoire, le seul ""humain" en phase avec Llewyn.

Alain
A travers leurs personnages ce que visent à mon avis les Coen ce n'est pas leur aspect de marginaux, mais leur côté radicalement minoritaires : qu'ils l'assument comme "the dude"  de The big Lebowski, ou le subissent comme Larry Gopnik, dans A serious man. Le personnage de Llewyn est entre les deux, quelque peu marginal mais à peine et très proche de Larry Gopnik professeur de physique du film A Serious man,  conformiste au possible dans son milieu - mais dont on voit la dissociation progressive à son corps défendant, de ce milieu, par les événements. Cette dissociation dit exactement l'absurde. L'absurde est une dissociation. Et la dissociation est notre destin universel pas que celle des marginaux. L'espérance, la vraie selon moi s'y enracine.

Ce personnage de Llewyn Davis est universel au même titre que K. dans "Le procès" de Kafka ; avec un traitement humoristique qui tend au grotesque, à la dérision, à un sens de l'absurde puissant très proche de Kafka. Raison pour laquelle j'adore les Coen. De même que m’éclatent les raclements de gorge de la belette (Michèle à côté de moi) ou son rire, et la danse au-dessus des circonstances de la queue d'un chat roux -  mais qui crée justement les circonstances, infléchit le destin. Si ça ce n'est pas de la dérision, pendant que l’autre con de chat vient se frotter d’un air tendre, doux et roux. Et surprend Llewyn à son réveil pour disparaître. Un chat magnifique, une magnifique allégorie :  de quoi ? de beaucoup de choses. J’ai déjà envie de revoir ce film.

Il faut reconnaître que les Coen aiment bien le déjanté qui est une manière paradoxale de s’ériger face au chaos et à l'absurde  - tout en le reconduisant. L'absurde n'est pas un état, plutôt un rapport aux choses de la vie, qui ne peut être que paradoxal. Je ne trouve pas que le sens puissant de la dérision des Coen soit cynique. Désespéré ? Oui le christ l'a bien été désespéré un peu à la fin, au moment tragique - les Monty Python dans La vie de Brian ont su retourner ce désespoir en drôlerie. Un retournement, un sens du paradoxe et de l'absurde qui fait à mon avis tout l'art et l’intérêt des Coen. Nous maltraitent-ils ? ou bien au contraire sont-ils un antidote de la façon dont nous nous maltraitons dans notre déni du réel ?

Pour moi il n'y a aucune morosité dans ce film (ne pas confondre le fond et le traitement). Rendre heureux le désenchantement des circonstances, des événements, du contexte, c'est un sacré tour de force. Cela me réconcilie avec l'existence de même qu'un bon bain dans l'océan au crépuscule. Les Coen me reconnectent à ma propre déconnexion. Bises à eux. L'outrance des personnages est à la fois d’une acuité qui n’épargne rien surtout pas la connerie, ni personne, et à la fois d’une tendresse infinie dans le regard. C’est au cordeau.

Quoique décontenancé on se laisse interpeller. Si le film est bon comme celui-ci il peut nous amener à modifier notre angle. Et d'en discuter ça sert à ça. Ou bien d'écrire dessus. Parce qu'on élabore, on pose. Et posant on se déplace. Un déplacement qui ressemble selon moi, ou qui a un rapport en tout cas, avec le décalage sur lequel Martine pose un point d’interrogation au final de son commentaire. Est-ce trop dire que ce décalage c'est notre continent inconnu, le plus intime, le plus secret, même à nos propres yeux. L'adolescent découvre, quand il sort de son enfance en rencontrant l'autre, son propre continent dans un sentiment à la fois de bonheur dans le partage et d'étrangeté, d'effroi du fait que le rapport à soi passe par l'autre. Un peu comme Llewyn s'affirme ou se démarque de tous les êtres qu'il rencontre y compris le chat mais aussi de façon extraordinaire par cette fille folle dont il est et sans doute réciproquement, dont la douceur n'a d'égal que l'agressivité, et dont rectitude morale et sentimentale n'a d'égal que la perversité désarmante. Un peu comme Freud parle du continent noir de la sexualité féminine, ou que Lacan dit : on ne sait pas ce que veut la femme. Il faut remplacer dans ces formules le mot "femme" par : "ce que nous sommes" que nous soyons hommes ou femmes, qui sera toujours une énigme. Approfondir cette énigme fait partie du projet des Coen, comme tous les artistes qui ont un sens développé du non-sens. C'est à partir du non-sens que le sens est possible; peut-être à partir du "no hope" dont parle Martine que l'espérance peut s'étendre à proportion. De même qu'une tendresse recouvre le trauma, la souffrance ou la blessure à proportion. Géniaux les Coen qui ne prennent jamais de gants, c'est l'essence de la caricature, que de faire ressortir le trait, la vérité en grossissant la réalité. Leur outrance est magique, chamanique, réparatrice.

Pour finir, le thème du retour est un motif puissant, peut-être le centre de gravité de "Llewyn Davis", à la fois réflexion sur le temps, sur l’événement, sur le destin à la fois principe de son récit et de sa mise en scène. Le nom du chat Ulysse (qui revient à Itaque) d'Homère, ou de bloom (A juice-greek) de James Joyce enfin Ulysse Everett Mc Gill joué par Geoges Clooney dans le film "o'Brother". La fille enceinte et le chat sont pour moi les deux axes de ce retour mais tout le film est construit en allé et retour, comme la satire, la doublure de "On the road". Le chat en est une figure avec son double sans boules ( hilarant). Le thème du retour est en rapport direct avec l’ambivalence douceur-agressivité de la fille. Ou si l'on préfère amour-haine, ligne de fuite et retour à.

Martine
Amis dissociés, bonsoir....






Autres critiques http://www.allocine.fr/film/fichefilm-195051/critiques/

Tarif : 3,6 pour tous
(2 euros tarif solidaire)

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