mardi 29 novembre sortie au Katorza : "Omar"

Notre sortie mensuelle au Katorza



film d'Hany Abu-Assad 2013 1h37
Avec Adam Bakri, Waleed Zuaiter, Leem Lubany

Ce thriller palestinien, au scénario implacable, interprété par des acteurs impressionnants, qui dénonce un régime d’occupation et d’humiliation, a reçu le prix du jury à Cannes, dans la sélection « Un certain regard ».


Résumé :Habitué à déjouer les balles trois garçons ont décidé de créer leur propre cellule de résistance et sont prêts à passer à l'action. Leur première opération tourne mal. Capturé, puis relâché contre la promesse d'une trahison, Omar parviendra-t-il à rester fidèle à ses amis, à la femme qu'il aime, à sa cause ?

Commentaires après la sortie "Omar

Dominique 
Merci d'avoir initié cette sortie pour ce film à la fois intelligent et très important ....passionnant quant à l'engagement de certains hommes dans cette partie du monde !

Danièle 
L'amour le meilleur et le pire...Dur d'atterrir dans notre monde bien plus léger après une telle histoire..

Michèle 
Quel bonheur la reprise des sorties au katorza ! Un joyeux brouhaha dans la salle avant le film, salle que nous avons largement contribué à remplir ! Un brouhaha aussi après la séance. Nos échanges animés comme d'habitude dehors. Bon, je reviens pour parler du film tout à l'heure; là j'ai un impératif

Alain 
J'ai bien aimé le traitement du film, entre jeu vidéo, jeu de société, et théâtre. Comme tout bon thriller, une bonne entrée en matière claque sec : un coup de feu, suivi d'une course poursuite où nous sommes aspirés dans des ruelles bien propres, clean, - un décor pour faire ressortir les relations entre les personnages. Et pourtant comme au théâtre dans cette action de jeu vidéo où on vit les choses à la place d’Omar, on ne se projette pas totalement, il y a de la distance constamment. La mise en scène du point de vue est intéressante : on oscille constamment entre Omar et ceux des autres. Les personnages semblent souvent en savoir plus que nous, puis on comprend par moment qu'ils ne comprennent rien, jusqu'à l'épilogue. Où la lucidité se tient au bout du revolver ; sacré tour de force de nous en convaincre, nous qui sommes à l'opposé de ce genre d'acte ou de valeurs. Ça rappelle la fin du film "Grigri" sans laquelle, de même, le film aurait pu être déprimant.

Pas de haine, de la colère. Pas de tristesse de la joie. Omar va jusqu'au bout, solaire. Oubliant dans le fond une fois de plus Nadia. Très fort le réalisateur je trouve là-dessus. Des gens qui s'aiment et que le contexte empêcheraient au fond de se rencontrer de communiquer ; sauf que la faute ne vient pas que du contexte, dramaturgie intéressante du film, que dans la tragédie les personnages y sont constamment partie prenante. Les 5 personnages sont forts et les comédiens aussi. Beaucoup aimé les méchants avec leurs airs de gentils. Tout le monde est finalement tour à tour méchant et gentil, sans que l'on ne sache. La tendresse "paternalisante" de l'agent israélien c'est bien vu. On se demande si l'empathie de son personnage pour Omar est réelle ou jouée, une nouvelle manip, comme dans tout bon thriller ou comme dans la vie. Le film va il semble bien au-delà de son contexte. Toute bonne comédie comporte immanquablement sa dimension tragique - et inversement comme ici : Omar aidé par le vieux quand il n'arrive plus à monter le mur par exemple ; ou bien le dernier tir (attendu). Il y a de l'humour ou de la dérision palestinienne comme il y a de l'humour juif. Bien aimé le registre des blagues tout au long du film, qui campe ce contexte de dérision sans parvenir à nous faire rire, d'autant que c’est le clown du départ qui tire les ficelles.


Michèle 
Effectivement, on est loin d'une vision misérabiliste de la vie et de l'environnement de la Cisjordanie. Cette propreté ajoute peut-être à la dimension universelle du film. Cette tragédie est transposable partout et en tout temps.

J'ai entendu des rires quant à moi ; et j'ai ri. Mais tu as raison, ce n'était pas la franche rigolade. ça m'étonnera toujours cette pudeur à rire dans un contexte sérieux. Ben alors ? Justement, ce film est dans l'oscillation constante et sans une once de manichéisme; il est comme la vie en somme; la tragédie y côtoie la comédie; on passe de l'une à l'autre.

Je n'ai pas été plombée par ce film, il est lumineux. Il nous montre l'humain, notre humanité; il nous mène vers l'empathie et la compassion. A aucun moment, on nous fait ressentir de la haine et de l'aversion totale envers aucun des personnages. Ils sont tous manipulés et victimes d'une situation aussi atroce qu'absurde. Ils sont tous prisonniers; même les geôliers le sont.

Amjar est prisonnier d'un sentiment dont il ne peut se défaire, qui l'étouffe et le mène à trahir et mentir à Omar, son ami d'enfance. Omar est prisonnier de la fidélité à un serment, une cause et cette amitié. Il n'est pas dans une haine véritable, il est dans la colère. Il apprend dans sa chair et son coeur toute l'absurdité cruelle du système dans lequel il vit, du monde qui s'est créé avant qu'il naisse. Il compose avec ce monde, il en franchit les frontières invisibles et visibles, il sait s'adapter. Son rêve n'est pas de partir comme Nadia ou d'autres. Son rêve est de vivre tranquille, heureux avec la femme qu'il aime et de fonder une famille. Il est tout simple Omar et ce rêve lui donne la force. Je trouve cela très émouvant, certes juvénile ; mais cela fait partie de l'initiation. Ce film est celui de la désillusion. Peut-on vivre avec ? Oui, sinon la planète ne serait pas surpeuplée ! Omar est jeune, son geste final est un suicide. Il est trop tard, jamais il ne pourra réaliser son rêve; il lui a été retiré. Et c'est injuste.

Je retiens la beauté des scènes de rencontre entre Nadia et Omar, les petits billets qu'ils s'échangent, leurs regards pleins de tendresse et d'amour, la beauté du visage de Nadia quand elle regarde Omar; elle est resplendissante, vivante, elle est soleil. Omar qui lui retire un cil tombé, leurs bouches qui se caressent. Omar qui veut que Nadia soit indépendante; son obsession est qu'elle termine ses études. On est loin de l'archétype !


Commentaire presse : (Les inrocks) : … Après Paradise Now, Hany Abu-Assad prouve avec Omar qu’il est possible d’avoir un point de vue engagé sans chosifier l’adversaire, et qu’il est loisible de traiter le conflit israélo-palestinien par le biais de récits prenants et d’un cinéma au meilleur de sa complexité et de son efficacité (l’article complet ici).


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