Mercredi 7 novembre à 19H30 à la maison de quartier Bottière : cinéma expérimental

Han Richter




L'expérimentation naît à la fois de la critique du présent et de la prescience de l'avenir "  







Notre programme:
Malgré les avancées de l'art vidéo, et la numérisation de l'image, la création sur le support pellicule du cinéma existe toujours. Frédéric Delaval membre du collectif de cinéma expérimental "Mire" nous présente deux films courts qu'il a réalisés.

Nous complèterons ce programme de quelques films expérimentaux ou extraits depuis les années 20 à aujourd'hui, en Europe et aux Etats-Unis. Pour apprécier l'histoire de ce "mouvement" et surtout sa diversité.

Commentaires après la séance 

Michèle :
 Excellent choix de films et bravo à Frédéric pour sa splendide réalisation autour des propos de Deleuze qui m'a émerveillée.
Man Ray "Emak Bakia" 1926
C'était une expérience cette séance, essai réussi à mon avis. C'est bon de se déciller, se laver les rétines, s'ouvrir à d'autres dispositifs et de pouvoir échanger ses impressions après les surprises, les questions et les étonnements.
J'ai aimé regarder, tout simplement, sans analyse. Comme un plaisir d'enfant, l'enfant qui prend sans poser de questions, comme une évidence. J'ai devant moi les images des " bidouillages" de Man Ray, Richter et l'autre ; avec le train; dont j'ai oublié le nom.
Et je rends hommage à ce film kitchissime des années 70 qui m'a tant fait rire et rappelé des souvenirs aussi...  On a vu ce genre de productions dans ces années-là. Là je m'adresse aux plus de 50 ans; my goodness !!! que le temps passe vite !!!
   
Louisick :
Merci Alain pour cette séance très instructive, je n'aurais jamais découvert ce cinéma"expérimental" sans La Sagesse de l'Image

Alain :  
Que vous vous soyez prêtés aussi nombreux à l’expérience m'épate. C'est toujours une surprise de voir comment on revoit ou découvre les films à plusieurs.

C'est vrai que Le Keneth Anger ne tenait plus trop la route. Pourtant d'autres films de lui me paraissent encore intéressants. Et au contraire j'ai été surpris du film de Man Ray dont nous n'avons passé que les dernières minutes.

Robert Breer "Fuji" 1974
Que la qualité des films de Robert Breer soit reconnue me fait plaisir. "Le mont Fuji" et son voyage en train fabuleux, j'en ai perçu la variété de temps de rythme, d'impressions, de sensations ; la reconstitution d'une subjectivité du voyage à travers elles ; la mise en place de micros événements que nous éprouvons mais que nous évacuons aussitôt après les avoir vécus - Que je n'avais pas perçu seul et sur un petit écran de cette façon.

A la première "vision" mon œil avait capté qu'il s'accordait avec mes lèvres, par la danse des couleurs et des mouvements; une ouverture gaie du corps aux choses.
Et c'est très juste de dire comme Michèle l'a remarqué à un moment donné, qu'il y a un rapport entre Robert Breer et Hans Richter de "Rythmus 21" (les carrés et rectangles en mouvements). S'en est presque la continuité avec d'autres moyens.

Merci de m'avoir fait penser à supprimer le son ou la musique rajoutées; de telle façon que la musique intrinsèque des images nous parvienne. Ca c'est de l'expérience esthétique.
J'ai trouvé intéressante la synesthésie que les oeuvres de Robert Breer en couleur et de Hans Richter en noir et blanc arrivent à créer en nous. Le fait de développer avec un organe sensoriel d'autres sensations qui le dépassent ou appartiennent à d'autres organes - sonores par exemple. On parle des couleurs en musique - ici aussi pour le noir et blanc de Richter, on peut parler parler de musicalité de l'image.

(Comme dans "Correspondances" de Baudelaire ("les parfums, les couleurs et les sons se répondent"). Ou bien dans "l'alchimie du verbe" : la couleur des voyelles de Rimbaud.

dessin à la mescaline de Michaux
Parmi la cinquantaine d'extraits il y avait un film  fait par les laboratoires Sandoz "images d'un monde visionnaire" de 1963-  avec le commentaire de Henri Michaux en introduction sur son expérience de la mescaline. Mais pas besoin de substances psychédéliques, le cinéma et l'art peuvent y "pour-voir".



Elise :
Comment dire, c'est une vrai découverte, intéressante... J'ai apprécié les partages échangés après chaque film, plus que les films en eux mêmes d'ailleurs... .Désolée... Ou plutôt, les discutions m'ont permis de découvrir les films autrement (oui c'est ça)... Comme celui de la petite voiture qui fait un vol plané : c'était passionnant de découvrir comment un film peut-être construit et tout ce que nous ne voyons pas forcément à première vue. Merci Alain, Frédéric et tous les autres pour cette soirée découverte.

Une histoire possible du cinéma expérimental : 

Les héritiers des avant-gardes

Après les années 20, le travail sur la pellicule prolonge les essais de la seconde avant-garde picturale : Komposition in Blau (Oskar Fischinger,1935), Fiddle-de-dee (Norman McLaren (1947) et mieux encore, Yantra (James Whitney, 1957, 0h08) qui atteint à la splendeur colorée de l'inorganique.

L'avant-garde documentaire moderniste se transforme en avant-garde politico-sociale avec Jamestown Baloos de Robert Breer (1957, 0h05) et Unsere Afrikareise de Peter Kubelka (1966, 0h13).

Le cinéma underground américain


Avec Walden, Jonas Mekas ouvre le genre du film autobiographique qui quittera le domaine exprimental même si on en trouve des traces dans Hapax Legomena I : Nostalgia (Hollis Frampton, 1971) ou Hôtel Monterey (Chantal Akerman, 1972) qui jouent surtout sur la durée et la sérialité. Andy Warhol, Kenneth Anger (Rabbit’s Moon), Stan Brakhage, Jonas Mekas renouvellent le cinéma expérimental.

L'installation vidéo

Les oeuvres de Nam Jun-Paik, Newman ou Bill Violla, souvent classées dans les arts plastiques, élargissent le champ de l'expérimental.

Nous classerons aussi dans le champ des oeuvres expérimentales, les films qui explorent des formes à l'écart de celles qui peuvent être reprises par d'autres cinéastes ainsi le Citizen Kanen d'Orson Welles, les Histoire(s) du cinéma de Godard ou L'arche russe de Sokourov.

Le geste expérimental aujourd'hui peut aussi consister à réaliser une oeuvre festive participative et citoyenne à l'image de La famiglia Minestrone de Valéry Dekoswski avec 400 figurants, réunis le temps d'un week-end, pour fêter les 50 ans du cinéma Lux.


News : 
Pour information : il sort cette semaine un documentaire " Free radicals, une histoire du cinéma expérimental" de Pip Chodorov.
Il sont tous là, ou presque : Jonas Mekas, Robert Breer, Len Lye, Stan Brakhage, Ken Jacobs.... et Hans Richter. Dans ce documentaire qui présente de larges extraits e films, on voit Ken Jacobs et Robert Breer évoquer comment ils laissaient " une chance à la chance".
Michèle

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