mercredi 5 juin à 19h30 à la maison de quartier Bottière "Le havre"

Pour faire lien avec la sortie au Katorza avec Dominique A", nous proposons le dernier film de Aki Kaurismäki

Le Havre
1h33
de Aki Kaurismäki 2011
Avec André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre Darroussin

Résumé

Marcel Marx, ex-écrivain et bohème renommé, s’est exilé volontairement dans la ville portuaire du Havre où son métier honorable mais non rémunérateur de cireur de chaussures lui donne le sentiment d’être plus proche du peuple en le servant. Il a fait le deuil de son ambition littéraire et mène une vie satisfaisante dans le triangle constitué par le bistrot du coin, son travail et sa femme Arletty, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique noire. 

COMMENTAIRES APRES LE FILM

Danielle
Beau film...laisse pensive sur la propension de certains qui savent sauver l'autre sans réfléchir, sans parole et surtout en toute humilité.. Mon pronostic de 67 ans pour l'âge de Little Bob  est-il le bon? 

Martine
Danielle : impossible de te confirmer, je ne trouve pas la date de naissance de Roberto Piazza.
Encore sous l'émotion de ce magnifique film, qui me renvoie à l' absurde de notre condition humaine, amplifié ce matin par le meurtre politique de ce jeune d'extrême-gauche ; je me réserve donc, pour le commentaire traditionnel. Juste une petite réflexion à propos d" "l'internationale socialiste des cinéastes" dont parlait Alain.
Ce matin, la vie continue

Alain
J'ai largement perdu le pari : Roberto Piazza Little Bob est né le 10 mai 1945.
C'est Jean-Pierre Daroussin qui la définit ainsi cette internationale (avec des cinéastes comme Ken Loach, Aki Kaurismäki, et Robert Guédiguian qui se connaissent bien et dont les films portent les même valeurs et des interrogations très proches.

Quelqu'un dans le débat qui a suivi la projection a souligné le fait que cela se passe dans un port. Je crois que c'est essentiel à ce que la famille humaine devienne certes une communauté mais ouverte sur un horizon. La solidarité dépeinte par Kaurismäki est certes crépusculaire (le côté rétro années 60-70 participe à cette signification). Mais le crépuscule du soir par un retournement miraculeux devient celui du matin. Une impression de soleil levant. Que l'horizon soit porté dans le film par un gamin voyageur noir j'y ai vu une allégorie.

J'ai apprécié l'utilisation des artifices du film, des invraisemblances qui font à la fois l'absurde et la poésie des situations (l'ananas me hante). Des effets poétiques s'appliquant à des aspects différents. Par exemple l'affiche du concert "Little Bob "le retour" signifie aussi son retour à la vraie vie et dans son couple. La couleur de la seule rose qu'apporte Marcel à l'hôpital n'est plus rouge mais jaune de la couleur de la robe que Arletty au fond lui a demandé pour sa mort. Comme si quelque chose avait changé ou s'était échangé. La réunion du couple de rockers se superpose à la séparation de Marcel et d'Arletty tout comme la vie se superpose à la maladie.
De même Kaurismäki a noué de façon habile les deux lignes d'intrigue : a sauvegarde de Idrissa et la maladie de Arletty. L'action d'affirmation du voyage du gamin se développe à proportion de l'avancée de la maladie - de la fin d'un autre voyage - sans qu'il n'y ait pourtant de lien direct. Pourtant nous le faisons le lien il me semble sans que l'on puisse en situer la signification. (C'est Franck du restaurant social qui me l'a fait remarquer et qui a proposé une interprétation sous forme de question : "en fait  je me demandais si sa maladie venait du fait que le gamin était en danger").  

Comme si l'action, la bonté, pour l'autre et pour soi-même, se superposait à la souffrance sans la recouvrir totalement, le film parle de de ce qui se dénoue et permet aux choses de se relier.  L'artifice du mélo son exagération est là pour le souligner. Pour dire que c'est grave et léger. Pour ne céder ni au vertige ni à sa fascination de la ligne de vie ou de la ligne de mort. Les personnages tienent à relier les deux lignes sans les effacer. Parce que l'amour, l’amitié, ou le simple accueil de l'autre en soi sont plus fort que la mort. Tous les mensonges, les ruses et les artifices sont autorisés pour l’affirmer. L'absurde, et le grotesque en deviennent beaux de ce fait.

Michèle
Coucou les p'tites mouettes !!!!  
Bon, ben je crois avoir gagné au sujet de Little Bob; je suis la plus proche, car j'ai parié qu'il est né en 1947. J'ai gagné, comme convenu de manière silencieuse, mon poids en chocolat.. Ne tardez pas trop car j'attaque mon régime grossissant dès aujourd'hui !!!         
Pour en revenir au film, je dirai tout simplement que ce film aurait pu s'intituler : " les liens". Autre chose : " havre" a des synonymes ; notamment " asile", "abri" "refuge". Vous voyez ce que je veux dire ?

Alain
Kaurismäki le finlandais a parait-il effectué un long repérage en voiture avant le film et parcouru toute la côte de l’Italie aux Pays bas. Puis a jeté son dévolu finalement sur Le Havre. C'est pour dire l'importance qu'il donne à l'horizon au déplacement à l’espace ouvert. Et la Finlande je la vois un peu comme ça aussi : un espace un peu isolé ouvert sur l'immensité du monde.

Je dis cela aussi en regard d'une réflexion de Jacques Attali ce matin dans un émission de radio. Qui disait que la France reste ancrée sur son origine rurale et de ce fait résiste à la transformation qui lui serait nécessaire. Une transformation que Lui voit plus partir des ports. Bref de ce que les villes ont de cosmopolite, ouvert sur l'autre.

Mais à l'opposé de cela on pourrait penser qu'au contraire une résistance au cosmopolitisme est aussi nécessaire. Le lien entre la mer et la terre serait la formule. Entre l’enracinement nouveau - et non pas ancien - et l'espace ouvert. De ce point de vue le lien ville/campagne est à reprendre non plus comme une recherche strictement d'équilibre personnelle mais tout aussi bien collective. On pourrait imaginer par exemple des formules d'échanges. L'ouvert c'est aussi l'ouverture à imaginer. Je suis frappé de la ressource du personnage Marcel Marx pour arriver à son résultat. Son autorité et sa démarche paisible quoique énergique dans sa rencontre avec le directeur du centre de détention par exemple. Nous avons cette capacité.

Michèle
Alain, Attali voit dans les ports les possibilités de développement industriel et d'échanges commerciaux, c'est ce que j'ai retenu en l'écoutant à la radio l'autre matin mais j'avais l'oreille distraite puisque je me préparais pour aller au travail.


Les liens, justement, sont un rappel du collectif ( entre autres). Je constate que dans le film il y a des liens entre les gens, entraînant la protection de Issidra et des initiatives collectives. Cela n'entame pas le respect des individualités, au contraire, les renforce. Il n'y a pas antinomie entre individuel et collectif et cela me semble important de le souligner.
Mon commentaire précédent est succinct mais je n'avais pas le temps de développer et puis cela aurait été fastidieux à lire.  


Elise
J'ai aimé ce film : encore plus que la première fois...
J'avais oublié pas mal de chose... et me suis laissé surprendre, à nouveau, par la guérison d' Arléty...
C'est un film qui me touche : cette solidarité vécue... Le jeu des acteurs... Cette histoire est belle et émouvante... Et puis, je jubile toujours autant face à chaque acte de résistance posé par le commissaire Monet...   Génial, le moment où il s'assoit sur le bateau : il est là, il ne bougera pas, bloquant ainsi la trappe qui descend vers la cachette de l'enfant...  Yes !   ...Un grand merci à tous et à très bientôt...

Michèle
C'est un beau personnage ce flic. Comme quoi on peut faire partie d'un système tout en le contestant; voire le sabotant....
Ce double jeu est d'ailleurs nuisible certaines personnes en ont fait les frais au moment de la Libération) et c'est bien explicite dans le film car il se fait traiter de salaud par Marcel.
Lâcheté et courage ont des frontières très floues, ce flic en est l'illustration. Il n'exprime pas son désaccord au Préfet, ne démissionne pas mais fait ce qui lui semble juste.
Il offre un ananas ; fruit exotique qui a voyagé ; à la veuve d'un homme qu'il a fait mettre en prison et qui est mort en détention. Il s'en excuse, la veuve le rassure. Il dit ne pas aimer les gens mais fait preuve d'humanité discrète et pudique.

Martine
Oui, j'aime bien ces personnages aux multiples facettes, tels des Arlequins ; les circonstances servent de révélateur, et les surprennent eux-mêmes.
J'ai encore en mémoire la gestuelle parfaite de Marx, elle m'évoque celle d' un maître Zen.

Alain
J'aime bien cette dernière remarque de Martine...   Cette gestuelle vient de l'ouvert, du disponible. La qualité d'action de Marx vient de là. Et elle s'ancre dans chaque chose du quotidien. D'où l’intérêt selon moi de Kaurismäki pour les éléments les plus prosaïques de la vie, pour les habitudes, les stéréotypes. Ils sont habités. Et dans l'autre sens ils habillent.

Danielle
Le 'bonne chance" mutuel par 2 personnes dont le sort immédiat est bien aléatoire me reste en mémoire...aucune désespérance, une confiance dans la vie..l'espoir digne.

Alain
En effet : Idrissa souhaite bon courage à Arletty qui lui souhaite en retour "bonne chance". C'est le moment où les deux personnages qui portent les deux intrigues du film se croisent. Tandis qu'elles se superposent tout le long du récit à travers Marcel Marx sans que l'on sache si leur lien est fortuit ou logique. 




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