le 19 sept à 19H30 Marker à la Maison de quartier Bottière


Hommage à Chris Marker

disparu le 29 juillet

projection de "La jetée" film mythique.
Plus des incursions sur Internet, dans le cédérom "Immemory,  un épisode de "L'héritage de la chouette", Son documentaire "Sans Soleil"                        
(Marker inspira Terry Gilliam :  "L'armée des 12 singes
et aussi bien "La sagesse de l'image" puisque elle lui emprunte sa chouette

Notre débat après le film
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Elisabeth :
Cette soirée cinéma m'a beaucoup plu car ce qui me manquait c'est cet échange après un film...comme dit Alain : en parler ça nous ouvre des portes et nous fait voir des choses qu'on ne voyait pas au premier abord. 


Michèle
J'ai aimé cette rentrée; vous revoir et voir d'autres personnes rencontrées au forum des associations.
Projeter ce film était risqué.... Âmes sensibles....
.  
Chris Marker est un étrange personnage. Comme je dis en rigolant : je n'aurais pas aimé vivre dans sa tête et je n'aurais pas aimé vivre tout court avec lui. Ses tourments étaient peut-être pesants pour son entourage mais là je suis dans le domaine des supputations.   
En tout cas, ses thèmes récurrents ( la fuite du temps, le souvenir, la mort) font partie intégrante des préoccupations de tous, je pense. Il est humain cet homme-là, profondément respectueux des hommes.
.
Visionnaire et aventurier de l'image, il me plaît pour ça et "la jetée" m'a émue pour cela, esthétiquement parlant. Un film d'anticipation qui fabrique les ponts entre passé, présent et futur dans l'idée que rien ne s'efface; aussi bien dans le fond que dans la forme...


Pour faire bref, je suis époustouflée par ses astuces pour représenter le futur alors qu'il n'en a pas d'images. Cela paraît tout simple, a priori, ces grilles. En fait, elles ressemblent; comme certains l'ont dit hier soir; à des circuits imprimés ; des filaments de nos outils actuels. C'est une vision reflétant les prémices de notre 21ème siècle. Moi, j'y ai vu comme des toiles d'araignées. Vous savez , ces belles toiles d'araignées qui semblent si fragiles mais si très solides en fait. Ces toiles, nous pouvons passer au travers; comme le personnage du film. Elles ne sont pas des barrières mais plutôt des moyens de traverser les époques, sans dommages apparents pour ceux qui traversent et pour les toiles. Elles sont très symboliques, je trouve et Marker me scotche... Internet... Qualifié de toile. internet qui nous permet de communiquer, traversant les frontières géographiques et celles du temps aussi. car Internet permet de trouver des archives d'un autre siècle, réentendre les voix de disparus, revoir leur visage. Internet est aussi un moyen de se projeter dans le futur par le biais de diverses expérimentations. Et Marker d'ailleurs s'est amusé à cela.. Clin d’œil...


Tout le monde était d'accord pour dire que ce film est angoissant, très noir. Je vais faire mon trublion un fois encore. Il est très lumineux ce film, plein de fraîcheur, de douceur et d'amour de la vie; même s'il ne parle que de mort en apparence. J'y ai perçu un message d'apaisement. Rien n'est jamais tout à fait mort, le temps est aboli. Ce qui existait hier, vit encore aujourd'hui et est en train de vivre demain. N'ayons peur de rien. Vivons l'instant, c'est le seul qui vaille.

La mort n'est pas vaine, ce n'est pas une fin mais une continuité. C'est pour moi cela toute la beauté du film. En fait, ceux qui expérimentent, pressentent qu'il y a un avenir, que l'humanité a traversé ces temps noirs d'après-guerre. Ce pressentiment les fait se tenir debout. Certes, les moyens qu'ils utilisent pour se sauver et sauver l'humanité sont intolérables mais ils sont messagers autant que le héros du film. Bon j'arrête.,

Ah si, une belle histoire d'amour qui me fait rêver, purée .. une belle histoire d'amour en pointillé sans engagement, sans promesse, ni attente et projection, juste comme ça, les plaisirs des instants passés ensemble mis bout à bout...ce serait génial , non ???    
La belette bavarde  

 Michèle :


Zut, j'ai oublié un truc : J'ai envie de dire que le héros ne meurt pas à la fin.

On lui casse son rêve, et c'est bien pire.. Il est piégé dans un espace temps défini et ne pourra plus traverser la toile.. C'est quoi les rêves au fond, nos voyages intérieurs faisant fi du temps, de la géographie et de l'apesanteur.  




Alain :
 Le thème de la toile  dans les films de Chris Marker (dans "La jetée" et Les statues meurent aussi ):
J'ai suivi l'inspiration de Michèle, en filant la métaphore de la toile dans Les statues meurent aussi de 1953 et  La jetée de 1962.

Pour commencer voici quelques photogrammes du documentaire de Marker et Resnais : les statues meurent aussi. Dix ans avant La jetée on y retrouve des motifs très proches à la 13mn du film dans une succession vertigineuse qui relie l'art les hommes et les dieux dans une conjuration de la mort. Ce thème du tissage entre les choses les formes et les hommes est au cœur à mon avis de l'esthétique et de la position politique de Marker. Elle me fait penser aussi à celles d' Edouard Glissant (Philosophie de la relation).





Ci-dessous la vidéo "Les statues meurent aussi"
Pour voir le passage en mouvement faire glisser le curseur à la 13ème minute (40 secondes)
et à la 15ème minute où en quelques secondes on reprend sur le motif de la trame.





Voici quelques uns des photogrammes de la 15ème mn des "statues meurent aussi".                                                                                               Le fil de la création (l'art nègre autant que le film) fait le pont, la reliance entre les humains, leur objets usuels, la nature, les dieux mais aussi et surtout entre les vivants présents et le dispar - par ce fait devient une allégorie de la mission du cinéma que Chris Marker s'assigne : le film file images et paroles tandis que le fil fait film au sens propre et figuré rangeant le cinéma de Marker dans la catégorie de l'art nègre au moins pour une part. En tout cas en décloisonnant les catégories, franchissant les limites rendant perméables toutes formes de cultures et de vies. Pour pointer au sein du présent ce qui relie, comme dans La jetée, le disparu au non advenu. Celui-ci pour Marker bien sûr ne fait pas qu’attendre son heure, mais il est "en puissance" dasn les luttes , les mouvements de transformation et l'appropriation des humains - à la fois singularité et pluriel, individus et peuples dans tous les cas singularités qui attendent qu'on les exprime et de ce fait, les déploient - face aux pouvoirs.




Comparons maintenant avec La jetée, avec la séquence d'introduction du personnage dans le futur à la 23ème minute (avancer le cursus en bas de l'image ci-dessous)


Enfin voici un extrait ci-dessous de Sans soleil où Marker commente par personnage interposé sa référence à Hitchcock, et les stries de la coupe de séquoia de Vertigo de Hitchcock que l'on retrouve dans la Jetée (à 14mn40s sur la vidéo ci-dessus)



Dans Jouvence de Jules Verne, Michel Serres montre que sous une histoire on trouve la pulsation d'une autre histoire qu'elle abrite comme un palimpseste.

Rajout de Michèle :
.../...Quant aux toiles : je ne me souviens pas qu'elles représentent une forme d'image du film. Elle est tentaculaire ; les toiles d'araignées sont protéiformes quand on les regarde bien : pas une ne ressemble à une autre. Elles ont un point commun; leur solidité. Et une particularité commune aussi.Quand tu passes au travers d'une toile; tu as une trace. Un fil reste sur toi. Tu passes ; allant de l'avant mais un fil te reste te reliant à l'instant d'avant. Ce fil est là bien présent puisque tu le sens. Et rien ne se casse. Le fil est là malgré le trou que tu as fait dans la toile. Le fil n'est pas un lien. C'est une mémoire. C'est un voyage.

Le loup philosophe : Suite à ces remarques de Michèle on peut dire que cela "file" dés lors que cela fait trou. C'est ainsi que Lacan conceptualise aussi l'objet a. Dont il détermine cinq catégories parmi lesquelles celle du regard - je pense à l'aventure du regard de La jetée, très proche de l'aventure d’œdipe qui devient aveugle. Oedipe est un drôle de coco, on ne sait s'il est aveugle parce qu'il voit ou s'il voit parce qu'il devient aveugle. Il y a un passage entre les deux, à la fois une impossibilité de l'amour? non plutôt du désir, interne au désir. Voir le photogramme plus haut du héros au yeux bandé. C'est bien sa mort qu'il voit lui l'aveugle au yeux bandé, et la femme aimée, en se déplaçant justement d'une borne à l'autre du regard, de celui qui regarde à ce qui est vu - étant à la fois le sujet et l'objet du regard. "A la fois" mais avec un décalage et pourtant dans le même temps. Le décalage de deux dimensions qui se croisent, deux espace-temps ; le temps où la scène est vécue une fois ; et celle où elle est revécue une autre fois après un long périple dans le temps et l'espace, où il parcourt tous les événements qu'il a vécu. Ce décalage et cette superposition font partie de l'esthétique de Marker. Par exemple dans le fait que l'on ne sait pas dans ses documentaires si l'image illustre le commentaire ou le contraire si le commentaire en voix off illustre l'image. Dans ce décalage, cette superposition et cette interchangeabilité constante de la voix et du regard, l'image tout comme la parole s'élèvent à une puissance poétique. Comme si leur poésie était conférée par l'autre dimension (la parole pour l'image et l'image pour la parole tour à tour. Ce film n'a pas fini de nous interpeller, de faire couler de la salive, des mots, des pixels. Ils sont l'illustration de l'un par l'autre mais c'est la labilité de leur fonction dans le couple qui fait la marque esthétique de Marker ; on le sait Marker ne coïncidait jamais avec lui-même. Ce qui vaut aussi bien pour le spectateur et la spectatrice entrainés dans son voyage et ce décalage. Avec le langage du familier surgit l’événement  s'ouvre la vie qui fuit par tous les bords et en montre l'insolite, l'étonnement. Un regard étonné, celui d'un esthète, celui de la fraternité et de l'amitié, celui tout à la fois réservé, celui d 'un chat.




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