vendredi 2 décembre à 19h40 Les neiges du Kilimandjaro (notre sortie au Katorza).




Réalisé par Robert Guédiguian

Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Daroussin ...



 durée 1h47



Commentaires après la sortie : 

Alain :
Emotions encore ce matin très fortes, le film, ses images, ses thèmes,  étant encore présents dans mon esprit.

Guédiguian - avec son équipe - est parvenu à maturité. Le moment où face à l'inconnu, l'inattendu, au chaos,  il peut rester debout, nous faire partager son étonnement. Grand comme celui de Jean Renoir.

Et je vois en commun entre les deux réalisateurs un goût pour le théâtre, et pour la vie, les mouvements progressistes, en deux sens : écriture dramatique et mise en scène des comédiens. Les personnages sont forts, leur incarnation par les acteurs, extraordinaires.  Le personnage du "délinquant" aussi. Son cri, sa révolte, résonneront aussi longtemps que la bonté insensée de ces gens. Avoir laissé ouvert les deux pôles de la pulsion de vie et de mort sans les résoudre l'un par l'autre. Ouverte la question.

Quelque part Guédiguian rejoint les propos des grands moralistes  hors des conventions morales. Je pense à aux siècles classiques puis au cinéma de Robert Bresson d'après Bernanos (Et à "L'argent" aussi.

Le film questionne plus peut-être sur la bonté que sur l'origine du mal - à laquelle il donne à la fois une explication "de gauche" et à la fois laisse dans l'ombre l'inexplicable : le deuxième comparse de la scène violente que l'on entrevoit à peine, un personnage dans un étrange métissage.

La puissance d'allégorie du film est aussi formidable que sa façon de magnifier le concret de la vie. Là est sa force. C'est une réflexion sur bien des aspects et thématqiues qui nous concernent, mais aussi sur l'âge, le temps qui est passé. Sans amertume. Bref une grâce, le paradis au milieu de l'enfer (La séquence du barman poète l'exprime qui ouvre un espace de création donc de respiration (au sens propre et figuré) comme le dit le personnage incarné par Ariane Ascaride.

Peut-être avons-nous avec la pression qui monte que ce choix de retrouver partout la puissance poétique, de réinvention - d'apporter des réponses inouïes et  pourtant à notre portée. "Pourquoi des poètes en temps de détresse ?" Ce qui a changé entre les époques depuis cette phrase de Holderlin c'est la déception communiste.  Dans le film pourtant cette decption ne conduit pas au désenchantement, à la séduction que l'on voit en filigrane de l'extrême droite. Après l'illusion, la mystification, le détournement de l'idée communiste, il y a encore une exigence, quelque chose qui peut encore tracer des lignes ouvrir l'horizon, plus que jamais. On retrouve ça chez Ken Loach.

Je fais cette hypothèse : "des réponses inouïes et à notre portée" : c'est ce dont les politiques, dans les institutions actuelles, nous détournent. Et les gens en ont assez. L'enjeu est d'inventer une autre révolution. Qui ne soit pas un simple renversement/remplacement. C'est finalement ce qui se passe à la fin du film : si on laisse filer la métaphore : la famille de Guédiguian, c'est peut-(être le pays). Des solutions sont trouvées sans que la famille disparaisse, d'ouvrir la famille à d'autres. C'est une sacrée brèche contre le corporatisme. Le corporatisme a été le seul  moteur politique et social depuis des siècles. En face du chaos on peut imaginer un autre rapport au vivre ensemble que la seule imposition de quelques uns pour tous  : dans le film, le choix du tirage au sort pour décider de qui serait licenciés.




Un avis de spectateur  :

Bouleversant, drôle, chaleureux,incroyablement honnête dans sa réflexion , Robert Guédiguian livre ici son plus beau film et le film français le plus important de cette année! Ascaride et Darroussin sont extraordinaires, très émouvants et incroyablement justes, comme l'ensemble des acteurs. Et puis il y a Marseille, son port, l'Estaque, sa lumière... Un grand bonheur humaniste que ce film, qui fait chaud au cœur et fait beaucoup réfléchir ! À ne pas manquer !!


Articles de la presses spécialisée : 

Les Inrocks

Avec Les Neiges du Kilimandjaro, Robert Guédiguian retrouve ses pénates (après l’assez peu réussie fresque historique L’Armée du crime).
Nous revoici à Marseille, avec des visages familiers et un format plus modeste de série B. Mais, loin de constituer un retour à la routine, le film est un des plus vibrants de son auteur.
Elire une troupe d’acteurs et lui être fidèle, c’est à un moment donné rendre visible son vieillissement, et le film est très beau sur le passage du temps. Le temps qui passe, ce n’est pas seulement la mort qui travaille.
C’est aussi quelque chose qui s’est déposé, se dépose encore et lie ces époux amoureux après trente ans de mariage. Guédiguian fait le choix d’un portrait idéalisé de la douceur de vivre des vieux compagnonnages (conjugaux, amicaux, familiaux), de la douceur de vivre de la petite bourgeoisie, ses apéros entre amis, ses week-ends en famille avec de grands et de petits-enfants, ses chamailleries qui sont encore des signes d’amour.
Tout cela est émouvant, parce que très fiable, cerné par un grand danger de débâcle économique, qui dès la première scène, découpée en thriller, dépose un germe de menace dans le quotidien charmant de la petite communauté qui se pensait à l’abri.
Cela est aujourd’hui mais est filmé comme presque déjà hier.
La petite-bourgeoisie, ce n’est plus qu’une toute petite embarcation flottant sur un océan démonté, et dont de plus en plus d’exclus tombent, au risque de la noyade. Et certains, pour ne pas se noyer, s’accrochent, quitte à faire chavirer d’autres occupants du radeau.
Un des plus beaux coups formels de ce film, où la mise en scène est peu tapageuse mais toujours précise, c’est une scène de hold-up domestique, dans laquelle on entre avec les victimes (nos petits-bourgois aimables) et d’où on ressort avec le braqueur.
Cette bascule du point de vue est forte comme le brusque retournement d’une manche permettant de voir en un éclair l’endroit et l’envers d’un même tissu social.
La tension de la scène chute, mais aux côtés de celui qui l’a brutalement provoquée : Grégoire Leprince-Ringuet enlève sa cagoule, range son flingue, puis prend calmement le bus, rentre chez lui et réintègre un quotidien finalement proche de ses agresseurs (mais en nettement plus pauvre).
Ces gens auraient dû vivre ensemble et un ordre économique les a dressés les uns contre les autres. C’est le mérite du film de l’incarner aussi fortement par les moyens du cinéma.


Télérama

Pas de faux-semblant chez Robert Guédiguian. Lui et sa troupe d'acteurs fidèles approchent l'âge de la retraite, alors le film parle de ça : de ce moment où les prolos marseillais que le cinéaste met en scène depuis 1981 (Dernier Eté) vont enfin se reposer. La conscience tranquille, croient-ils, après des décennies de travail pénible et de syndicalisme. Marie-Claire (Ariane Ascaride, bien sûr), et Michel (Jean-Pierre Darroussin, évidemment), déjà grands-parents, feront même un voyage en Tanzanie, cadeau de tous leurs proches réunis. On s'en réjouit pour eux, il n'y a pas que les riches qui ont droit au bon temps.
Et puis, coups sur la tête, au figuré comme au propre. Le film, avec ses airs de chaleureux pot d'adieu, prend soudain un goût de sale fait divers - agression, vol à main armé. Ce virage au noir détonne d'autant plus qu'on n'est pas dans un polar revendiqué, façon La ville est tranquille (2001) ou Lady Jane (2008). Cette fois, la violence ne découle pas d'un genre de cinéma, elle fait irruption dans un tableau solaire à la Marius et Jeannette (1997), où rien ne l'annonçait. Elle rattrape des personnages familiers, quotidiens, qui n'étaient pas programmés pour lui faire face. Le suspense portera bien moins sur les résultats de l'enquête que sur la réaction des agressés.
Meilleur Guédiguian depuis une petite décennie, Les Neiges du Kilimandjaro est un passionnant film de crise, où les repères des héros s'effondrent, mais aussi les catégories sociales décrites par le cinéaste dans toute son oeuvre. « Comment peut-on s'en prendre à nous ? se désespère Marie-Claire, et dans quel monde vit-on ? » Coup de tonnerre que d'entendre une femme de gauche dévouée, emblématique de l'univers de Guédiguian, avouer son découragement, sa peur soudaine d'autrui. Son sympathique beau-frère (Gérard Meylan), victime également de l'agression, en devient, lui, un vrai beauf, aux imprécations dignes du Front national.
Mais au fait, oui, dans quel monde vivent-ils ? Ce côté de Marseille - l'Estaque comme toujours chez Guédiguian - évoque, à l'écran, autant un chantier à l'arrêt (des grues partout, mais pas de travail) qu'une charmante station balnéaire propice aux sardinades. Marie-Claire et Michel, la modeste aide à domicile et son mari en préretraite, se sont fait attaquer et dépouiller comme des petits-bourgeois qu'ils sont peut-être devenus. Cette classe ouvrière d'autrefois est désormais assimilée aux nantis par de plus pauvres qu'eux. De quoi atteindre le couple au plus profond et de sa fierté prolo et de sa conscience politique - Michel s'était fait licencier pour sauver l'emploi d'un autre. Quelle valeur a désormais le petit confort conquis durement ?
L'identification du voleur, puis de ses mobiles, ajoutera encore au désarroi. En admirateur de Jean Renoir, Guédiguian pourrait reprendre à son compte la formule de La Règle du jeu : « Il y a une chose effroyable, c'est que tout le monde a ses raisons. » Les Neiges du Kilimandjaro, d'une terrible actualité, reflète un monde où, qu'on soit à l'abri du besoin ou non, il n'est plus possible d'ignorer la misère autour de soi. Faut-il s'en préserver ? S'en indigner ? Le film dessine un parcours tortueux qui va de la bonne con-science à, non pas la culpabilité, mais l'élan, l'action. La plus grande scène est sans doute ce face-à-face, dans les locaux de la police, entre Michel et son jeune agresseur : le quinquagénaire entre dans la pièce avec ses derniers restes de certitude d'être « l'homme bien ». Il en sort les épaules voûtées, dans une humilité imprévue, absolue. Mais aussi comme ranimé de l'intérieur, rendu à ses émotions les plus essentielles.
Les Pauvres Gens, poème de Victor Hugo (dans La Légende des siècles) a été la source d'inspiration du film. On n'en rappellera pas la chute, qui est aussi celle du film, mais le thème : la bonté. Une valeur que la dureté des temps n'incite guère à mettre en pratique. Le film montre qu'elle peut même devenir socialement inacceptable : à travers les enfants de Marie-Claire et Michel (Anaïs Demoustier, Adrien Jolivet), crispés sur le très maigre patrimoine familial, Guédiguian en dit long sur les ravages du déclassement dans nos sociétés. Sa deuxième génération de personnages, toute à sa survie, n'a plus les moyens d'être altruiste. A peine ceux d'être honnête.
Question subsidiaire, mais capitale : la bonté est-elle cinématographiquement acceptable ? Alors que tant de films, aujourd'hui, se vautrent d'emblée dans les bons sentiments, au risque de la nausée, celui-ci rappelle que la générosité n'a d'intérêt romanesque que dans la dernière ligne droite : à l'issue d'un cheminement, comme une caresse là où on attendait un coup. Bref, quand elle est l'expression d'un choix, d'une liberté.
Quant au titre, il vient d'un tube des années 1960 - de Pascal Danel - cher au coeur des deux héros, sans doute symbole pour eux d'idéal et d'espérance. Guédiguian, lucide mais joyeux, y croit encore. Il cite, via un personnage, un fameux discours de Jaurès sur le courage et la nécessité d'articuler sa vie avec celles des autres. Les neiges du Kilimandjaro sont la lune qu'on ne décrochera pas, le pays où l'on n'arrive jamais. Mais le film voit plus loin, vise plus haut : ici et maintenant.





Inscription à la sortie  
par téléphone 02 51 13 67 15
Numéro de portable : 06 58 76 69 05
Rendez-vous devant le cinéma Rue Corneille Nantes 
ou à l'intérieur s'il ne fait pas beau  Katorza 
(seule contrainte merci d' amener la monnaie exacte de 3,5 euros car nous faisons un seul chèque à la caisse).

 TARIF : 3,5 euros



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