D'une seule voix, le 14 novembre


Réalisé par Xavier de Lauzanne Avec Jean-Yves Labat de Rossi, Durée : 1h23 min

Nous soutenons ce film
dans le cadre du mois du film documentaire.

Nous pourrons le voir en présence du réalisateur à la médiathèque Jacques Demy de Nantes le samedi 14 novembre à 16H
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Le compte rendu de la séance :

Première surprise : Beaucoup de monde dans la petite salle de projection.
Alors que les projections avec invités de la médiathèques n'attirent pas trop de public d’habitude. Le sujet est donc porteur. Et le film un bon choix.
Autre constat : une moyenne d'âge assez élevée, un public peut-être plus féminin.

Le film se situe entre le documentaire et le reportage.
Le point de vue du réalisateur est de ne pas gommer toutes les difficultés qui se présentent. En même temps montrer les moments éblouissants de rencontre entre musiciens palestiniens et israéliens. Il ne nous est pas toujours facile de savoir qui est qui. Dés lors qu'ils échangent leurs chants, l'un des principes de la tournée.

La tournée de concerts est une performance dont on suit les péripéties, non sans "suspense". Bon point de dramatisation dans le film. Tandis que des paroles plus consensuelles affirmant la beauté de la rencontre contre le conflit sont échangées.

On suit - ou construit - quelques personnages, ce qui renforce la dramatisation.
Par exemple le couple chanteuse pop israélienne et du chanteur rap palestinien vient apporter une note sentimentale. Même si dans la vraie vie ils ne sont pas compagne et compagnon. La jeune en donne la métaphore ; "nous sommes comme Roméo et Juliette dans un rapprochement impossible". Un autre bon point du film dans la mesure où il devient une allégorie de la situation, de la tournée mais aussi de la Palestine. Ce thème a été plusieurs fois exploité au cinéma au regard de l'actuel de ce conflit et d'autres conflits (Les amants de Sarajevo en Bosnie par exemple ).
On regrettera de ne pas pénétrer plus dans les personnages. Dans leurs sentiments, leur enthousiasme ou leur déchirement. On reste un peu en surface.

Il nous faut maintenant mentionner les deux éléments importants du débat qui a suivi. Celui du récit du producteur qui a répondu aux questions. Par lequel on voit que la tournée des musiciens est autant une performance que le tournage du film. Déjà dans la folie de le faire sortir dans 24 salles en France. Le film n'a pas fait l'unanimité chez les critiques. Il fait parti de ces films qui au contraire remportent un franc succès chez les spectateurs. Qui soulèvent à bras le corps un problèmes de notre présent. "Nos enfants nous accuseront" en est un autre exemple : controversé sur le plan formel le film a été suivi d'une tournée de projections débats en nombre. Et cela ne finit pas de faire des vagues. S'il ne reste pas dans l'histoire du cinéma et des manuels d'esthétique de l'image, il fait trace au niveau du débat social.

L'autre évènement non négligeable est l'intervention dans la salle, d'une spectatrice remettant en lumière la situation d'inégalité entre Israéliens et palestiniens. Suivie d'une réaction d'indignation dans la salle - on le comprend, puisque cette intervention effaçait tout l'apport de la tournée et du film pour nous remettre dans la logique de l'antagonisme. La responsable de la médiathèque, dans une volonté juste, a laissé la personne s'exprimer avant de passer la parole à ses contradicteurs. Mais c'est le producteur qui a remis au centre en signalant que là n'était pas le motif du film.

Cette petite échauffourée dans la salle indique une tension : le principal reproche que l'on pourrait faire au film serait de gommer "le" politique. La question se pose à l'instar de la tournée, de savoir si au contraire en délaissant le contexte en rassemblant les acteurs des deux côtés du conflit, l'on ne peut pas créer de l'événement, raviver une espérance que tout le monde veut nourrir. Est-ce que l'on ne peut pas échapper à la spirale réactive des actions hostiles sans gommer les termes réels du conflit ?

C'est là sur ce point plus que pointu, que se tient le paradoxe du film, qui a été revécu dans la salle d'une autre façon. Ce n'est pas qu'en Palestine, c'est aussi la position paisible et pourtant presqu'intenable du Dalai lama.

Les mouvements pour la paix avant les deux conflits du 20ième siècle ont pu paraître soit naifs soit manipulateurs, car ils étaient souvent à l'instigation du parti communiste par exemple. Mais d’autres positions non-violentes comme celle de Gandhi, la révolution des oeillets, la chute du mur de Berlin etc.. ont débouché sur des transformations puissantes.

On peut imaginer d'autres initiatives dans le sens de cette tournée. Et les encourager. Sans oublier la situation d'injustice de part et d'autre d'ailleurs mais pas de façon égale. La "dépolitisation" au sens classique peut-elle devenir un engagement en action ? Dés lors que l’on n’oublie pas les soubassements de l’inégalité et du conflit. Comme on a voulu le faire en France au moment du soulèvement des jeunes dans les banlieues.

Tant il est vrai que les réactions aux situations les plus iniques, trouvent du répondant dans actes qui semblent de loin en disproportion et surtout dont on fait semblant de ne pas comprendre les motifs. Peut-être la voie ouverte ici est d'initier des événements qui ne soient pas réactifs. Et qui soit lisibles par tous. Qui n'entraînent pas les mécanismes en spirale de la violence. Qui court-circuitent les stéréotypes, les archaïsmes. En tout cas nous sommes rentrés dans l'erre du dégoût de la violence. Dans l'aspiration au lien. Soyons vigilants toutefois à ne pas nous laisser endormir. A nous faire bercer de faux espoirs et de messages prophétiques. Et à poser une autorité quand trop c'est trop. Quels sont les mots qui diraient l'envers de l'antagonisme ? l'amour, la rencontre, la danse, le chant.


Le site du film ici



Synopsis :
Israéliens et Palestiniens, juifs, chrétiens et musulmans, ils sont avant tout musiciens. Partant du constat qu'il est maintenant impossible pour eux de se rencontrer en Israël ou dans les Territoires Palestiniens, Jean-Yves Labat de Rossi, vieux routard de la musique, va les chercher chez eux, de part et d'autre du mur, pour les inviter à une tournée surprenante qui les réunira en France pendant trois semaines. Un pari audacieux qui se révèle rapidement risqué. Dès le début de la tournée, les rivalités apparaissent inévitablement. Sur scène, c'est un triomphe alors que dans les coulisses, le ton monte. Mais cette promiscuité à laquelle ils ne peuvent échapper les contraint, malgré tout, à communiquer. L'exaspération liée à la fatigue de la tournée et aux antagonismes politiques se transforme progressivement en liens qui se tissent et dont la musique est le fil de trame.

Infos de Allo ciné :

Point de départ
Xavier de Lauzanne, le réalisateur de D'une seule voix, raconte comment est né le documentaire : "En décembre 2004, malgré la deuxième Intifada encore présente dans les esprits, un Français, Jean-Yves Labat de Rossi, avait réussi l'exploit de réunir des musiciens d'Israël, de Cisjordanie et de Gaza sur une même scène en plein coeur de Jérusalem. Par chance, j'ai ce concert pour une chaîne du câble. Fort de son succès, l'organisateur s'est mis à réfléchir à une tournée en France avec ces artistes. Impressionné par sa démarche, je lui ai alors proposé de le suivre dans cette aventure. C'était pour moi l'occasion de demander si un projet autour de la musique pouvait véritablement des liens entre des personnes que les guerres opposent. Soutenu par l'équipe d'Aloest Productions, société particulièrement attachée aux aventures humaines, je suis donc parti en Israël ainsi que dans les territoires palestiniens, accompagner Jean-Yves lors de ses différentes rencontres avec les musiciens. Sur place, j'ai pu réaliser à quel point ces derniers étaient volontaires pour chanter aux côtés des artistes de "l'autre bord". Pour la plupart, un tel projet ne leur avait jamais été proposé et tous, fatigués de la situation chez eux, avaient envie d'exprimer un message de paix."

Rapprochements
Xavier de Lauzanne, le réalisateur de D'une seule voix, explique que ld documentaire a été l'occasion de rapprochements entre musiciens israéliens et palestiniens : "Au milieu de beaucoup de difficultés, j'ai été témoin de nombreux rapprochements, nuancés pour certains, édifiants pour d'autres. Libres et francs, les musiciens m'ont donné l'occasion de vivre une expérience bouleversante dont j'espère, par ce film, transmettre l'essentiel. Les spectateurs seront certainement surpris et émus de voir qu'un projet "proactif" comme celui de Jean-Yves Labat de Rossi permette de vraies rencontres, même en contrechamp d'une actualité régulièrement terrifiante. Je souhaite que ce film résonne comme un encouragement dans un paysage plutôt sombre".

Un film musical, mais pas seulement...
Pour Xavier de Lauzanne, dire que D'une seule voix est un film musical "est un peu réducteur. Le film parle des fondamentaux que sont le dépassement des idées préconçues, de la haine gratuite, de l'ignorance. Il raconte les débuts d'une formidable aventure humaine qui se poursuit aujourd'hui. La musique est ici plus qu'un divertissement. Elle est montrée dans son aspect le plus subtil et le plus riche. Comme je vous l'ai dit, je me suis intéressé à cette tournée car elle avait, à mes yeux, une portée politique. Je l'ai filmée comme tel. Dans les médias, ceux qui l'ont traitée uniquement comme un évènement musical ont omis son sens profond."

Couvert de récompenses
D'une seule voix a reçu de nombreuses récompenses lors de ses passages en festivals : Meilleur documentaire au Festival International de Palm Beach, Platinium Award au Festival International de Houston, Grand Prix au Festival du film d'éducation d'Evreux, Prix Arts et culture au Scoop Festival International et du Journalisme d'Angers. Le documentaire a par ailleurs clôturé le Festival International des Droits de l'Homme de Paris.
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