" l'Atelier" (et notre écriture)


Avant-première Au katorza en présence de Laurent Cantet




L’atelier (1h 53min)
de Laurent Cantet

Avec Marina Foïs, Matthieu Lucci, Warda Rammach

Résumé : La Ciotat, un été. Antoine suit un atelier d’écriture où quelques jeunes en insertion doivent écrire un roman noir avec l’aide d’Olivia, une romancière reconnue. Le travail d’écriture fait resurgir le passé ouvrier de la ville, son chantier naval fermé et toute une nostalgie qui n'intéresse pas Antoine. Davantage connecté à ce monde actuel, le jeune homme s’oppose rapidement au groupe et à Olivia que sa violence va alarmer autant que séduire.

Nos commentaires
 avant ceux de la presses Yes!
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Dominique :
merci pour le choix de ce film. Il est d'une rare intelligence, à la base à mon avis , une bonne étude sociologique de la France de 2017........la résurgence de valeurs anciennes confrontées à des tentations extrêmes quelles soient religieuses ou politiques, ou même des deux, j'ai beaucoup aimé.
 

Alain  :

Un peu court le débat non ?... quoique plein du film je ne pouvais pas y intervenir.. c'est maintenant que cela me vient comme souvent au cinéma un jour après... par exemple sur al répartition masculin féminin des films de Cantet. On sent que Cantet quoique du côté de l'émancipation peint des personnages féminin dont il limite la puissance. Me marque par exemple la tout dernière image de l'écrivaine, s'asseyant accablée sur son petit bureau au fond de la salle par rapport aux autres tout aussi déconcertés certes - après le beau discours de celui qui se libère (et qu'elle a contribué de façon involontaire à libérer). On assiste à son effondrement du personnage féminin dans son braquage et enlèvement bien sûr mais surtout dans sa fuite en retour sur la colline. Elle n'est pas condamnée par le réalisateur mais sa puissance en prend un sacrée coup. Et on retrouverait sans doute ça dans le film précédent de Cantet aussi bien peut-être que dans le Sud avec Charlotte Rampling . à revoir.
Mais ce qui vaut pour le féminin aut aussi pour le masculin mais de façon séparée généralement La puissance y est contestée. (Ressources humaines, L'emploi du temps).

Ici on pourrait dire cela porte sur les deux : mais comme en chassé croisé. où quand se dégonfle la puissance de l'un se regonfle si je puis dire celle d e l'autre sans que jamais cela ne se rencontre véritablement et c'est ça qui fait le charme de la mise en scène. J'aime, un beau film âpre. On va voir la critique quand il sortira.

Claude :
Pas ressenti Alain ce que tu écris sur le masculin féminin.
Au contraire, elle ne laisse pas courir, elle cherche à le rencontrer, elle l’affronte. A la fois, elle le prend comme il est et entend sa violence, et aussi essaie de le ramener vers du plus social et moins violent. Elle ne joue pas les oies blanches lors de son enlèvement. Bon, elle part un peu en courant, une autre attitude n’est pas réaliste. La peur face à la violence qui n’a pas de sens, la désarçonne malgré sa force.
C’est je trouve le symbole de notre société occidentale, qui affirme rester droite dans ses bottes face à la violence « gratuite » et au terrorisme, mais la peur commence à faire son chemin pourtant.
Oui, je ne comprends pas bien son effondrement à son bureau, alors qu’elle a l’occasion enfin de comprendre. Et pourquoi pas d’être heureuse qu’il ait pu mettre en mot son malaise, et s’en libérer... Encore trop choquée?
Oui, la question (la réponse du réalisateur surtout) aurait été intéressante.
Bon, je ne vais au ciné qu’une ou deux fois par an. A chaque fois, c’est une découverte totale, j’en sors étonnée, surprise, ravie de découvrir un nouveau langage dans des films qui aident à voir et à s’emparer de la complexité de nos vies. Merci merci

Alain :
Nos impressions sont toujours plus complexes que ce qu’on veut bien en retenir dans nos commentaires. Après avoir écrit le mien plus haut je me suis ravisé en voyant que le point d'arrêt sur la puissance vaut aussi bien pour les personnages masculin de  Laurent Cantet (et Campillo son co-scénariste sans doute - il faudrait faire une analyse de genre de "120 battements par mn"). Par exemple le fils autant que le père dans "Ressources humaines" ou bien le faux chercheur médecin expert (de l'affaire Roman) dans "L'Emploi du temps". M’intéresse la façon dont les personnages s'érigent, et s'effondrent : comment ils prennent consistance ou au contraire se délitent, s'effritent... C'est une constante de nos vie d’affronter le néant. Est-ce que ce caractère universel est accepté par toutes tous ?  Je  m'éloigne trop du film et lui fait dire ce qu'il ne dit pas ? N'empêche, la destitution me semble une problématique de Cantet, la difficulté à se tenir droit et d'exister. C'est un cinéaste de la force et la fragilité, de cette surface sensible ou l'on oscille entre le noir et la joie, entre la force et l'effondrement. etc.. surface que nous occupons pleinement nous spectateurs dans ses films étant sans arrêt sur la sellette. Enfin, je trouve qu'il nous dérange.

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