"Le Retour" de Andrei Zviaguintsev


Le retour d’Andreï Zviaguintsev (2003, VOSTF)

1 h 46 min

Amorce :

En Russie. Ivan et son grand frère Andreï jouent à la plage avec des amis. Ivan, sujet au vertige, échoue à sauter du plongeoir. Quelque temps plus tard, le père des deux garçons revient au domicile familial après plusieurs années d'absence au cours desquelles il n'a pas donné la moindre nouvelle. Les enfants n'ont, comme seule image de lui, qu'une photo vieille de dix ans où il pose en leur compagnie.

Lion d'or surprise à Venise en 2003, ce premier film du réalisateur de « Léviathan » présente un profil étonnamment intemporel et mûr, tant par son style que par son sujet.

 

 NOS COMMENTAIRES

Martine
 Je me ramasse tout doucement et laisse passer la nuit, pour revenir plus légère.
Merci jacqueline de nous faire connaître ce réalisateur russe.
Je garde en mémoire la beauté des paysages, des prises de vues, le jeu des 2 enfants face à leur géant de père ; une histoire âpre, violente, sans repères, où finalement, je me suis laissée glisser vers leurs abîmes, vers le plus obscur des personnages et pourquoi pas des nôtres ? La mort, le mystère sont omniprésents, et les eaux emporteront leur secrets avec le corps de ce père "un Gorgone masculin". Film prégnant, qui casse tous les repères classiques et c'est tant mieux.

Alain 
C'est bien le christ mort de Mantegna.
Wikipedia :"Le talent de Mantegna, dans toutes les représentations architecturales et sa maîtrise du marbre chiqueté, s'exprime ici par le marbre froid de la morgue, le drapé couvrant le mort, et même dans l'oreiller rose satiné, voire les veinures rouge du marbre pour le sang du Christ versé."

et ceci qui rejoint la perception de Fernanda hier soir
"Le Christ semble seul dans la mort, les vivants repoussés en bord du cadre, pleurant les douleurs de sa Passion. C'est un accent clair sur l'humanité du Christ, fils de l'Homme, une figure sans symbolisme appuyé (malgré tout, la tête du Christ est auréolée - très légèrement visible)."

On a eu un différent intéressant sur le fait que le père soit ou non un père aimant. Nous ne sommes pas allés au bout de la discussion. L'omerta dont parlait Martine exprime qu'il n'est pas aimant, ni comme père ni comme mari ou comme amant. Mais en même temps le réalisateur nous donne des indices du contraire de façon très forte. Notamment le dernier geste terrible du père essayant de rejoindre son jeune fils pour le sauver. Que je pourrai interpréter comme une métaphore de l'amour qui ne peut se donner qu'à ce que celui qui le procure disparaisse au yeux de ses fils. (Il y a aussi une légère thématique œdipienne en arrière plan).
Amour aussi imprononçable que le nom du réalisateur. Un sacré poète ce Zviaguintsev. Une sacrée découverte. Dans un genre proche où le spirituel s'érige par sa disparition je vous proposerai bien "Flandres" de Bruno Dumont mais certaines vont se lasser.

Fernanda :
Une scène m'est revenue après. Quand l'enfant a jeté la gamelle à la mer, on s'attendait à ce que l'enfant se fasse, sérieusement réprimander. Cela n'a pas été le cas. Il lui a simplement dit de tailler un nouveau bol dans un morceau de bois, et quand l'enfant a répondu qu'il ne savait pas le faire. Qu'a répondu le père ? " je t'apprendrais..." Je reste persuadée que c'est un bon père... Une éducation à la dure, à l'image du milieu...

Martine
 Finalement il s'agit de Saturne qui mange ses enfants . Je reste sur l'idée de l'ogre et aussi du symbolisme du poisson, omniprésent dans le film. Il existe aussi un poisson-ogre , qui entraîne dans les abysses. 

Alain 
Tournier en a fait une belle méditation dans Le roi des Aulnes où il condense les deux aspects, et renverse l'idée de la dévoration. (Prix Goncourt il me semble !)


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